- Le risque lié à l'établissement stable (ES) correspond à la probabilité que vos activités dans un pays étranger y créent une présence imposable, ce qui entraîne des obligations en matière d'impôt sur les sociétés et de déclaration fiscale, même si vous n'y avez jamais constitué d'entité.
- Trois types classiques — lieu fixe, agent dépendant et PE de services — ainsi que les règles émergentes relatives au numérique et au SEP. Les critères déclencheurs comprennent la location d'un local, la conclusion de contrats sur place et le dépassement de certains seuils de durée (souvent compris entre 90 et 183 jours).
- Nouveauté en novembre 2025 : le test de l'OCDE sur le télétravail. Travailler à moins de 50 % de votre temps depuis un lieu situé à l'étranger est généralement autorisé ; au-delà de ce seuil, vous devez justifier d'une raison commerciale valable pour vous y trouver — la fidélisation du personnel ou la réduction des coûts ne constituent pas des motifs valables.
- Le hic : l'Inde a officiellement rejeté le « safe harbor » de 50 % de l'OCDE — si vous recrutez des talents à distance dans ce pays, vous ne pouvez pas vous y fier.
- Un EOR constitue la solution la plus simple pour les collaborateurs étrangers — il supprime toute trace administrative liée à l'emploi — mais il réduit le risque lié à la participation au capital (PE) sans toutefois l'éliminer. La conclusion des accords, les baux et les questions de contrôle doivent encore être structurés. Consultez notre guide sur le capital-investissement en Inde.
Dernière mise à jour : juillet 2026. Ces informations sont d'ordre général et ne constituent en aucun cas un conseil fiscal ou juridique. Les règles relatives à l'établissement stable dépendent des circonstances spécifiques et de la convention conclue entre les deux pays concernés ; nous vous recommandons donc de demander conseil au regard de votre situation particulière avant d'agir.
Se développer dans un autre pays est passionnant… jusqu’à ce que vous vous exposiez par inadvertance au risque d’établissement stable et que vous vous retrouviez confronté à une facture fiscale que vous n’aviez pas prévue dans votre budget.
Le risque lié à l'établissement stable (ES) correspond à la possibilité que les activités de votre entreprise dans un pays étranger y créent une présence imposable, ce qui vous rendrait redevable de l'impôt sur les sociétés, soumis à des obligations déclaratives et passible de sanctions dans ce pays, même si vous n'y avez jamais constitué d'entité. Un projet qui s'éternise, un collaborateur à distance dont les attributions ne sont pas adaptées, ou encore une personne qui conclut des contrats en votre nom : cela peut suffire.
La présence permanente (PE) ne dépend pas de l'intention. Elle dépend de la manière dont les autorités fiscales locales et les conventions fiscales interprètent vos activités. Ce guide explique ce qu'est la présence permanente, les critères spécifiques qui la déclenchent, les conséquences financières en cas de non-respect des règles, en quoi les règles de l'OCDE pour 2025 ont changé la donne en matière de télétravail, et comment éviter les risques liés à la présence permanente tout en continuant à développer votre équipe internationale.
Vous recrutez spécifiquement en Inde ? Nous approfondissons considérablement le sujet — jurisprudence, calculs fiscaux précis et stratégie d'atténuation des risques — dans notre guide complémentaire : Risque lié à l'établissement stable en Inde.
Qu'est-ce que le risque lié à l'établissement stable ?
Le risque lié à l'établissement stable correspond à la probabilité que vos activités commerciales dans un pays étranger franchissent un seuil — celui de l'« établissement stable » — qui confère à ce pays le droit d'imposer les bénéfices liés à ces activités. Une fois ce seuil franchi, vous êtes redevable de l’impôt sur les sociétés dans ce pays, vous devez vous conformer aux règles locales en matière de déclaration fiscale et, si vous n’avez pas acquitté cet impôt, le redressement fiscal peut remonter à plusieurs années.
Imaginons que votre entreprise soit implantée aux États-Unis, mais que vous ayez un salarié travaillant à domicile en Inde, ou un commercial concluant des contrats en Allemagne. Les autorités fiscales de ces pays pourraient estimer que vous avez créé un établissement stable. À partir de ce moment-là, vous serez redevable de l'impôt sur les revenus générés par cette présence — et les pénalités peuvent être appliquées rétroactivement.
Ce concept est principalement régi par Article 5 de la Convention fiscale type de l'OCDE, le cadre sur lequel reposent la plupart des conventions fiscales bilatérales. Chaque pays dispose également de sa propre définition nationale de la « présence imposable », qui peut s'avérer plus stricte que celle prévue par la convention — l'Inde en est un exemple marquant (voir ci-dessous).
Pourquoi le risque lié au capital-investissement revêt-il une importance accrue en 2026 ?
Trois évolutions ont fait de ce problème un enjeu plus important qu'il ne l'était encore il y a quelques années :
- L'action n° 7 du projet BEPS a renforcé ces définitions. L'OCDE a élargi la définition de l'établissement stable (PE) pour les agents dépendants, a restreint les exemptions relatives aux activités « préparatoires et auxiliaires » et a ajouté une règle visant à lutter contre la fragmentation. Des activités qui se situaient auparavant en toute sécurité en deçà du seuil de l'établissement stable peuvent désormais le franchir.
- Le télétravail a bouleversé les règles — en novembre 2025. La mise à jour 2025 de l'OCDE (publiée le 19 novembre 2025) a introduit un critère de référence de 50 % du temps de travail et un critère de justification commerciale pour l'établissement stable lié au télétravail — il s'agit de la première révision complète de l'article 5 depuis 2017. Les autorités fiscales surveillent désormais de près les montages transfrontaliers de télétravail.
- Les mesures de contrôle s'intensifient. Les juridictions où la mise en œuvre de la réglementation est très stricte — notamment l'Inde — appliquent des interprétations plus strictes que le modèle de l'OCDE, et les entreprises font l'objet de contrôles fiscaux concernant des établissements stables dont elles ignoraient l'existence.
Quels sont les trois principaux types d'établissement stable ?
En droit fiscal international, on distingue trois grands types de PE, auxquels s'ajoutent deux catégories émergentes. Chacune d'entre elles engendre une obligation fiscale pour l'entreprise dans un pays étranger selon un mécanisme différent.
1. Établissement stable (PE)
Il s'agit du type le plus simple. Selon le Modèle de l'OCDE, un établissement stable fixe doit remplir trois conditions : un lien avec un lieu précis, un certain degré de permanence et l'exercice effectif d'une activité par l'intermédiaire de ce lieu.
Exemples classiques : bureaux, succursales, usines, entrepôts, mines. Cela concerne également les bureaux à domicile lorsque l’espace est « à la disposition » de l’entreprise (et non pas uniquement pour la commodité du salarié) ainsi que les postes de travail fixes dans les espaces de coworking. Les chantiers de construction ou d’installation peuvent également être concernés, généralement à condition qu’ils durent plus de 12 mois selon le Modèle de l’OCDE.
La « permanence » peut être plus courte que vous ne le pensez. Dans une affaire indienne qui fait date, la Cour suprême a estimé qu’une société britannique disposait d’un établissement stable (PE) sur un circuit automobile qu’elle contrôlait pendant seulement quelques jours par an — car, pendant la durée de l’événement, le site était entièrement « à sa disposition ». Ce n’est pas la durée qui a été déterminante, mais le contrôle. Nous analysons en détail cet arrêt, ainsi que ses conséquences fiscales, dans notre Guide sur le capital-investissement en Inde.
2. Agent dépendant PE (DAPE)
Ce cas est lié à des personnes, et non à des lieux. Une situation de « PE d’agent dépendant » survient lorsqu’une personne négocie ou conclut habituellement des contrats dans un pays étranger en votre nom. Suite à l’action n° 7 du BEPS, cette définition a été élargie pour inclure les agents qui jouent un rôle prépondérant dans les négociations, même s’ils ne signent pas officiellement les contrats.
L'agent doit être lié à votre entreprise (il ne doit pas s'agir d'un agent indépendant agissant dans le cadre de son activité habituelle) et doit exercer de manière habituelle le pouvoir de conclure des contrats. Le terme « habituellement » implique une certaine fréquence — mais, en principe, même un séjour de courte durée peut donner lieu à un DAPE si des contrats sont effectivement conclus.
Exemple : Votre commercial basé au Royaume-Uni conclut régulièrement des contrats avec des clients français pour le compte de la société mère. Cela peut constituer une présence économique (PE) en France au titre d'agent dépendant.
3. Éducation physique axée sur le service
Reconnue dans le cadre de la Convention-type des Nations Unies en matière fiscale et adoptée par de nombreux pays. Une présence économique effective liée à des services peut résulter de la durée et de la nature des services fournis dans le pays d'accueil, même en l'absence de siège fixe.
Ce seuil varie selon les pays et les traités — il est généralement compris entre 90 et 183 jours sur une période de 12 mois. Il est important de noter que la durée cumulée de plusieurs salariés peut être prise en compte dans ce calcul.
Exemple : Un cabinet de conseil canadien organise la rotation de ses équipes sur un projet client à Singapour. Aucun collaborateur ne reste plus de 90 jours, mais au total, le cabinet maintient une présence sur place pendant huit mois. Cela peut donner lieu à une PE de service.
Les catégories émergentes à surveiller
- PE de construction : un sous-ensemble de l'emploi fixe assorti de ses propres seuils de durée — 12 mois selon le modèle de l'OCDE, mais pouvant descendre jusqu'à 6 mois dans certains traités bilatéraux. Les projets liés sont souvent regroupés, de sorte que le fractionnement des contrats n'apporte que rarement une solution.
- Éducation physique numérique / virtuelle : L'article 12B du Modèle des Nations Unies permet aux pays d'origine d'imposer les revenus issus de services numériques automatisés sur la base d'une « présence économique significative », même en l'absence d'implantation physique. Plusieurs pays ont adopté cette approche. L’Inde, par exemple, dispose d’une règle nationale relative à la « présence économique significative » qui permet d’assujettir à l’impôt les entreprises étrangères de SaaS, de commerce électronique et de plateformes en fonction de seuils de chiffre d’affaires ou d’utilisateurs — voir le Guide de l'Inde.
Quels sont les facteurs qui entraînent un risque d'établissement stable ?
Le PE est rarement le fruit d'une intention délibérée — mais il se produit bel et bien à l'insu des entreprises. Les facteurs déclencheurs peuvent être classés en cinq catégories.
- 1. Présence physique. La location ou l'acquisition d'un local à l'étranger — même s'il s'agit d'un petit bureau, d'un entrepôt ou d'un centre de distribution. Les bureaux à domicile utilisés régulièrement à des fins professionnelles peuvent être pris en compte si cet espace est mis à la disposition de l'entreprise, et non pas simplement choisi par le salarié. Les formules de coworking avec poste de travail fixe (et non pas l'utilisation occasionnelle d'un « hot desk ») peuvent également être prises en compte.
- 2. Activité des salariés et des mandataires. Le pouvoir de signature des contrats constitue le principal signal d’alerte. Si un cadre supérieur se déplace pour signer un accord majeur, il peut y avoir présence d’un agent dépendant au titre de la présence physique (PE), quelle que soit la brièveté du déplacement — c’est l’acte lui-même, et non sa durée, qui importe. Les ventes et la négociation de contrats, la prise de décision au plus haut niveau depuis un lieu situé à l’étranger, ainsi que les fonctions génératrices de chiffre d’affaires comportent toutes un risque bien plus élevé que le simple soutien administratif.
- 3. Durée et continuité. Une période de six mois constitue un critère de référence courant pour les affectations fixes. Une durée de 183 jours (parfois aussi peu que 90) est habituelle pour les affectations de personnel d'ingénierie. Les affectations de personnel d'ingénierie dans le secteur de la construction s'étendent généralement sur 12 mois (6 dans certains traités). Et la durée cumulée est prise en compte : les visites courtes et répétées de plusieurs salariés peuvent, cumulées, dépasser un certain seuil, même si aucune d'entre elles ne l'atteint à elle seule.
- 4. Autorité et prise de décision. Les personnes qui concluent régulièrement des contrats, ou le personnel local chargé de prendre de véritables décisions commerciales (tarification, stratégie, recrutement) plutôt que de se contenter d'appliquer les décisions du siège. La négociation de contrats comporte davantage de risques que la simple transmission des conditions fixées au siège.
- 5. Activités génératrices de recettes et activités annexes. En vertu de l’article 5, paragraphe 4, du Modèle de l’OCDE, les activités véritablement « préparatoires ou auxiliaires » sont généralement exonérées. Cependant, l’action 7 du programme BEPS a relevé le seuil de ce qui est considéré comme véritablement auxiliaire. Risque élevé : ventes, gestion de la clientèle, conclusion de contrats, développement de produits. Risque faible : stockage, présentation, achats, collecte d’informations — à condition qu’il s’agisse véritablement d’activités de soutien, et non d’activités principales déguisées en activités de soutien.
D'après notre expérience Ayant aidé plus de 300 entreprises internationales à constituer des équipes à l’étranger, nous constatons que le facteur qui prend les entreprises au dépourvu n’est presque jamais celui auquel on s’attend. Il s’agit rarement du bail des locaux : c’est plutôt ce cadre supérieur qui, sur le papier, « soutient les ventes », mais qui, dans la pratique, est la personne avec laquelle le client négocie et autour de laquelle la transaction se conclut. Les autorités fiscales s’intéressent à ce que les personnes font réellement, et non à leur intitulé de poste.
En quoi le télétravail comporte-t-il un risque lié à l'établissement stable ?
C'est dans ce domaine que les risques liés à la présence fiscale ont le plus évolué. Avant 2020, la présence fiscale concernait principalement les bureaux et les usines. Désormais, un seul collaborateur travaillant à distance depuis un appartement à l'étranger peut potentiellement créer une présence fiscale pour votre entreprise — et en novembre 2025, l'OCDE a publié de nouvelles règles visant précisément cette situation.
Le cadre en deux volets de l'OCDE pour 2025
La mise à jour 2025 de l'OCDE (publiée le 19 novembre 2025) a défini un critère en deux volets permettant de déterminer si un bureau à domicile constitue un établissement :
Étape 1 — le test du temps. Si un salarié travaille depuis un lieu situé à l'étranger pendant moins de 50 % de son temps de travail sur une période glissante de 12 mois, ce lieu n'est généralement pas considéré comme un établissement. Ce critère repose sur le temps de travail effectif, et non sur les dispositions du contrat. En dessous de 50 %, vous ne risquez généralement rien.
Étape 2 — le critère de la raison commerciale. S’ils dépassent les 50 %, la question est alors de savoir s’il existe une véritable raison commerciale justifiant leur présence dans ce pays : servir des clients locaux, accéder à un marché régional, soutenir les opérations sur place. Il est essentiel de noter que le télétravail autorisé uniquement dans le but de fidéliser un salarié ou de réduire les coûts ne constitue pas une raison commerciale.
Dans quels cas les télétravailleurs présentent-ils un risque accru ? : toute personne disposant d’un pouvoir de signature de contrats ou qui négocie habituellement des accords depuis l’étranger ; les postes générateurs de chiffre d’affaires (ventes, développement commercial, gestion de la clientèle) basés dans le pays d’accueil ; ainsi que les fondateurs ou cadres dirigeants qui assurent des fonctions essentielles depuis un bureau à domicile situé à l’étranger. L’OCDE précise clairement que si une personne incarne à elle seule l’entreprise et exerce ses activités depuis un pays étranger, ce bureau à domicile sera très probablement considéré comme un établissement stable.
Lorsqu'ils présentent un risque moindre : les postes de soutien, d’administration et véritablement auxiliaires ; les personnes travaillant à distance pour des raisons personnelles (famille, mode de vie) sans que cela soit justifié par des impératifs professionnels ; ainsi que les visites occasionnelles chez les clients, telles que les réunions trimestrielles.
Le hic : tous les pays n'acceptent pas le « safe harbor » de l'OCDE — l'Inde l'a catégoriquement rejeté
La clause de « safe harbor » à 50 % n'a de valeur que si le pays en question la respecte, et L'Inde a officiellement émis une réserve à ce sujet. Dans sa prise de position sur la mise à jour de 2025, l'Inde a émis une réserve tant à l'égard du critère quantitatif des 50 % que du critère de la raison commerciale. En revanche, l’Inde peut considérer le domicile d’un salarié comme étant « à la disposition » de l’entreprise étrangère — et donc comme un établissement stable — en vertu de ses propres critères, plus stricts (stabilité, productivité, dépendance).
Conclusion pratique : si votre télétravailleur se trouve en Inde, ne vous fiez pas au seuil de 50 % fixé par l'OCDE — il ne s'applique pas. Pour connaître les dispositions effectivement en vigueur en Inde et savoir comment s'y adapter, consultez notre Guide sur le capital-investissement en Inde. D'autres pays non membres de l'OCDE et certaines juridictions où la mise en œuvre de la législation est stricte peuvent également présenter des différences — veillez à toujours vérifier le traité spécifique et la législation locale de chaque pays dans lequel se trouvent vos télétravailleurs.
Quelles sont les conséquences de la constitution d'un établissement stable ?
Franchir la ligne de la PE ne se résume pas à une simple facture fiscale supplémentaire. Les obligations s’enchaînent les unes après les autres.
- Impôt sur les sociétés applicable aux bénéfices attribuables. Un établissement stable est généralement imposé sur les bénéfices qui lui sont imputables, au taux de l'impôt sur les sociétés du pays d'accueil — lequel varie considérablement d'un pays à l'autre. Seuls les bénéfices imputables à l'établissement stable sont imposés, et non votre revenu global.
- Redressements, pénalités et intérêts rétroactifs. Les redressements fiscaux peuvent remonter à plusieurs années : vous êtes redevable à compter de la date de création de la société de personnes, et non de celle de sa découverte, majorée des intérêts et des pénalités.
- Conformité en cascade. Un établissement stable (PE) entraîne généralement une obligation d'enregistrement local, la tenue de registres comptables conformes, des obligations en matière de TVA/GST, l'enregistrement aux fins des charges sociales, la retenue à la source et le versement des cotisations sociales. Un seul établissement stable imprévu peut se transformer en une véritable opération de mise en conformité locale.
- Double imposition. Si les deux pays imposent le même revenu, vous risquez de payer deux fois. Les conventions fiscales prévoient des allègements fiscaux, mais uniquement si vous aviez connaissance de l'établissement stable et que vous teniez une comptabilité en bonne et due forme, ce qui est rarement le cas pour les établissements stables involontaires.
- Atteinte à la réputation et surveillance accrue. Une fois que vous aurez attiré l'attention dans un pays, attendez-vous à ce que vos activités fassent l'objet d'une surveillance accrue partout ailleurs.
Exemple de scénario : Une société américaine de logiciels autorise une responsable commerciale senior à s'installer en Allemagne tout en conservant ses fonctions — elle continue ainsi à rencontrer régulièrement des clients et à conclure des contrats. Dix-huit mois plus tard, un contrôle fiscal allemand met en évidence un problème fiscal : impôt sur les sociétés applicable aux ventes réalisées en Allemagne, TVA rétroactive, pénalités et obligation d'enregistrer une succursale.
Comment éviter le risque lié à l'établissement stable ?
Il n'existe pas de solution unique. L'approche la plus adaptée dépend de vos objectifs, de votre tolérance au risque et de l'ampleur de vos activités dans le pays. La plupart des entreprises ont besoin d'une combinaison des éléments suivants.
1. Faites appel à un employeur de référence (EOR) pour le recrutement de personnel étranger. Il s'agit de la solution pratique la plus courante pour recruter dans un pays sans y créer de présence fiscale directe. L'EOR est l'employeur légal — il se charge de la gestion des salaires, des retenues fiscales, de la sécurité sociale et du respect de la réglementation locale en matière d'emploi — tandis que vous dirigez les activités au quotidien.
La mise en garde honnête que les concurrents omettent de mentionner : Un EOR réduit le risque de présence permanente (PE) ; il ne l'élimine pas. Il supprime clairement toute trace liée à l'emploi. Il ne neutralise pas le cas d'un employé étranger qui conclut des contrats (PE par agent dépendant), d'un bureau que vous louez en votre nom propre (PE par lieu fixe), ni d'une supervision étroite des opérations locales. Si votre activité ressemble à une succursale en tout point sauf par son nom, les autorités fiscales peuvent très bien ne pas tenir compte de l’EOR. L’EOR est particulièrement adapté aux petites équipes, aux études de marché et aux recrutements véritablement axés sur la prestation de services.
2. Limiter le pouvoir de signature des contrats à l'étranger. La solution directe au problème des agents dépendants (PE). Centralisez en France les validations de contrats, la tarification et la signature des accords. Si vous disposez d’une équipe commerciale à l’étranger, définissez les rôles de manière à ce que ces derniers mènent les négociations sans toutefois conclure les contrats — et consignez ces dispositions dans les contrats et la politique d’entreprise.
3. Concevez ces fonctions comme véritablement auxiliaires, et non comme des fonctions essentielles. Les fonctions génératrices de chiffre d'affaires comportent bien plus de risques que les fonctions de soutien. Dans la mesure du possible, veillez à ce que les fonctions exercées à l'étranger aient un caractère véritablement préparatoire ou auxiliaire — et n'oubliez pas qu'avec la mise en œuvre de l'action 7 du BEPS, les autorités s'intéressent aux activités réelles des personnes, et non à leurs intitulés de poste.
4. Durée de la surveillance. Mettez en place des règles limitant la durée pendant laquelle les employés peuvent travailler à l'étranger, exigez une autorisation préalable pour toute mutation (même temporaire) et assurez le suivi du nombre cumulé de jours par personne et par pays. Procédez à une rotation du personnel avant que les seuils ne soient atteints (90/183 jours, ou selon les dispositions du traité) dans le cadre de missions liées à des projets.
5. Faites appel aux prestataires indépendants avec prudence. Un prestataire véritablement indépendant — qui a plusieurs clients, exerce un contrôle sur son propre travail et n'a pas le pouvoir de vous engager — ne donne généralement pas lieu à une présence économique (PE). Cependant, une classification erronée aggrave la situation au lieu de l'améliorer, et de nombreuses autorités fiscales (l'Inde figurant parmi les plus strictes) reclassent les prestataires dépendants en tant que salariés.
6. Créer une filiale locale pour les activités d'envergure. Pour les opérations de grande envergure et à long terme, la création d’une filiale peut constituer la solution la plus sûre : elle dispose de ses propres déclarations fiscales et de son propre dispositif de conformité. Attention toutefois : une filiale ne protège pas automatiquement la société mère. Si le personnel de la filiale agit en tant qu’agents dépendants de la société mère, ou si le personnel de la société mère utilise les locaux de la filiale comme base fixe, la société mère peut tout de même se voir attribuer un établissement stable de manière indépendante.
7. Consignez tout par écrit. Des contrats écrits définissant le périmètre d'activité, les limites des pouvoirs et le lieu de prestation des services ; des relevés de présence par pays ; des résolutions du conseil d'administration indiquant où les décisions sont effectivement prises. Si votre statut de « PE » venait à être contesté, ces documents constitueront votre moyen de défense.
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Frequently asked questions
La notion d'établissement stable est-elle la même dans tous les pays ?
Non. De nombreux pays appliquent le Modèle de convention fiscale de l’OCDE, mais chaque pays dispose de ses propres règles en matière d’établissement stable (PE) en vertu de sa législation nationale, et certaines sont plus strictes que celles prévues par la convention. Ce qui donne lieu à la constitution d’un établissement stable dans un pays (par exemple, un projet de six mois) peut nécessiter une durée plus longue dans un autre — et certains pays, comme l’Inde, ont officiellement rejeté certaines parties du dernier cadre de l’OCDE relatif au télétravail. Vérifiez toujours la définition locale et la convention spécifique avant de vous implanter.
L'OCDE a-t-elle modifié les règles relatives à l'établissement stable dans le cadre du télétravail ?
Oui. La mise à jour 2025 de l'OCDE, publiée le 19 novembre 2025, a introduit un critère en deux volets pour déterminer l'existence d'un établissement stable (PE) lié au télétravail : un seuil de 50 % du temps de travail (si vous travaillez depuis un lieu situé à l’étranger pendant moins de 50 % de votre temps sur une période glissante de 12 mois, il ne s’agit généralement pas d’un établissement stable) et un critère de raison commerciale (au-delà de 50 %, il doit exister une raison commerciale valable pour être présent dans ce pays — la fidélisation d’un salarié ou la réduction des coûts n’entrent pas en ligne de compte). Il s’agit de la première révision complète de l’article 5 depuis 2017. Tous les pays ne l’acceptent pas — l’Inde, par exemple, a émis une réserve à ce sujet.
Le recours à un « employeur de référence » (EOR) permet-il d'éliminer le risque lié à l'établissement stable ?
Non — cela la réduit, mais ne la supprime pas. Un prestataire EOR efface l’empreinte sociale : il devient l’employeur légal et permet à votre entreprise de ne pas figurer sur le registre fiscal local aux fins de la gestion de la paie. Toutefois, un prestataire EOR ne neutralise pas un établissement stable (PE) lié à un agent dépendant (un salarié étranger qui conclut habituellement des contrats pour votre compte), un établissement stable lié à un lieu fixe (un bureau loué à votre nom) ou un établissement stable résultant d’une supervision étroite des opérations locales. Ces cas doivent faire l’objet d’une structuration distincte.
Le recrutement de collaborateurs à distance peut-il entraîner un risque lié à l'établissement stable ?
Oui. Si un collaborateur travaillant à distance depuis l'étranger exerce des fonctions essentielles génératrices de chiffre d'affaires, prend des décisions importantes ou signe des contrats sur place, cela peut créer une présence imposable pour votre entreprise. Dans le cadre des lignes directrices de l’OCDE pour 2025, le risque augmente considérablement dès lors qu’une personne travaille depuis un lieu situé à l’étranger pendant plus de 50 % de son temps et qu’elle a une raison commerciale de s’y trouver — et dans des pays comme l’Inde, même la clause de sécurité applicable en dessous de 50 % ne s’applique pas. C’est pourquoi les modalités de travail à distance doivent être soigneusement structurées.
En quoi les conventions fiscales facilitent-elles la prise en compte de l'établissement stable ?
Les conventions fiscales conclues entre deux pays précisent dans quels cas certaines activités donnent lieu à la constitution d'un établissement stable et permettent d'éviter la double imposition. Elles fixent également des règles d'imputation des bénéfices, de sorte que seuls les revenus effectivement générés dans le pays d'accueil y soient imposés. Lorsqu'une convention est plus favorable que la législation nationale, c'est généralement la convention qui s'applique.
Qu'est-ce que l'article 5 de la Convention fiscale type de l'OCDE ?
L'article 5 définit ce qui constitue un établissement stable au sens des conventions fiscales internationales. Il énonce la règle du « lieu d'activité fixe », les seuils applicables aux chantiers, les critères relatifs aux agents dépendants, ainsi que les exclusions concernant les activités préparatoires ou auxiliaires — et il constitue le fondement sur lequel la plupart des pays fondent leurs conventions. La mise à jour de 2025 a ajouté des orientations concernant l'établissement stable au domicile pour l'ère du télétravail.
Que se passe-t-il si vous ne tenez pas compte du risque lié à l'établissement stable ?
Le fait de ne pas tenir compte d'une présence économique (PE) peut entraîner des arriérés d'impôts, des intérêts, des pénalités et une atteinte à votre réputation auprès des autorités fiscales locales — et les redressements fiscaux peuvent s'appliquer rétroactivement à la date de création de la PE, et non pas uniquement à celle de sa découverte. Vous risquez également d'être soumis à une double imposition si votre pays d'origine et le pays d'accueil prélèvent tous deux un impôt sur les mêmes revenus.
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